DEBUT DES EVENEMENTS

page précédente

 

 

                    

 

L’événement que je raconte plus bas survient en 1955, à cette époque, ma mère travaillait comme concierge à l’école de Maraval.

La conciergerie était composée d’une loge vitrée dans laquelle ma mère avait aménagé à l’aide de rideaux deux espaces servant de chambres à coucher. Le coin le plus à l’abri étant réservé à mon frère aîné JO , l’autre moitié qui était face à la porte d’entrée me servait de chambre (un simple matelas posé sur un sommier métallique).
Après la loge, la cuisine,d’où, partait un long couloir donnant accès à la chambre à coucher de mes parents dans laquelle dormait également ma jeune sœur Odette, puis le wc et une salle de bain, au bout de ce couloir se trouvait une autre chambre réservée à ma sœur aînée Denise, et, René mon beau frère, (jeunes mariés, les loyers étaient très chers, il fallait deux voir trois salaires dans un même foyer pour pouvoir s’en sortir).

Un jeudi après midi,vers 14 heures, alors que j’étais en train de lire dans mon lit un roman d’aventure,quelqu’un frappa à la porte de la loge de la conciergerie, ma mère alla ouvrir, c’était un jeune musulman âgé d’environ 25 ans qui lui dit affolé :
- Ima, ima,( maman, maman en arabe) protège moi, ils veulent me tuer.
- entre mon fils, lui dit-elle spontanément, elle le fit entrer, et le dirigea vers la cuisine ou se trouvait mon père et ma jeune soeur, puis lui demanda de s’asseoir, le voyant très bouleversé, agité, elle lui proposa de boire un café, Rassuré , en confiance, il se mit à raconter son histoire.
-     Il y a eu un attentat a la cité des Lauriers roses, les gens ont cru que c’était moi et m’ont donné la chasse, j’ai couru, couru, jusqu'à chez le SIDI ( je le surnomme ainsi car je ne me souviens pas de son nom, ce dont je me souviens c’est que c’était un notable musulman, toujours richement vêtu en costume traditionnel coiffé d’un grand turban jaune, il habitait une villa juste à l’angle de l’école, ma jeune sœur Odette était amie avec sa fille Malika ).
- il m’a dit de venir chez toi, que je serais en sécurité, car c’était trop risqué de rester chez lui.

Ma mère un peu surprise parce qu’elle ne connaissait le SIDI que de vue, et, par quelques banalités échangées lorsqu’elle allait chercher ma petite sœur) lui demanda anxieuse.
- Tu n’as pas tué au moins ?
- Non, Non c’est pas moi dit-il avec sincérité.

A l'extérieur il y avait une grande agitation, quatre ou cinq hommes qui s'interpellaient, des bruits de pas dans la cage d'escalier menant aux appartements du directeur de l'école situait au dessus de la loge de la conciergerie.

Une altercation a eu lieu entre le directeur et les poursuivants :

-  Vous n'avez rien à faire ici, partez!

Le temps passa et ma mère me demanda de faire le tour de l’école pour voir s’il n’y avait pas de poursuivants dans les parages.
Je m’assurais qu’il n’y avait personne et revint dire que la voie était libre.

Avant de partir le présumé fellagas nous dit ceci :
- Ima, je te promet que jamais personne ne te fera de mal ni à toi ni à ta famille.

Quelques jours plus tard, ma sœur Odette vint dire à ma mère que la mère de Malika lui avait dit de ne plus venir jouer avec sa fille, que c’était fini, qu’ils allaient déménager.

Depuis quelques temps on ne voyait plus le SIDI, les allés et venus de celui-ci se faisaient de plus en plus rares, nous savions qu’il occupait des fonctions aux affaires indigènes à la Mairie d’Oran.
J’entendis les commentaires de mes parents
- Il doit avoir des embêtements, le pauvre.

Je n’ai jamais su ce qui s’était produit, coïncidence, ou pas, à la rentrée scolaire suivante la mairie ne renouvela pas le poste de conciergerie à ma mère, et, nous dûmes déménager à Cuvelier le quartier voisin.

 

                            retour page d'accueil               voir page suivante Cours Raspail