MON AMI ABDERHAMANE :

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Après la dissolution de l’unité, une partie a été affecté à Mers el Kebir l’autre moitié nous avons été acheminés sur l’amirauté d’Alger.
Le 1/12/1959, C’est dans un immense dortoir que nous avons pris nos quartiers.

Au fond, on avait regroupé les musulmans inscrits maritimes affectés là pour la durée de leurs services militaires.
Une majorité a refusé de s’installer parmi eux. Ils avaient en mémoire des faits relatant des désertions ayant entraînés d’horribles massacres.( La sentinelle d’un poste de garde favorisant l’intrusion des fellagas, et égorgeant leurs propres camarades).

La défiance à leurs égards a fait qu’aussitôt certains ont érigés un mur de séparation avec les armoires métalliques destinées aux rangements de nos paquetages, celles-ci, auparavant étaient rangées le long des murs de ce grand dortoir.
Nous étions quelques un à refuser cet apartheid, malgré les mises en garde persistantes.
Certains musulmans de l’autre coté en avaient fait de même refusant de côtoyer les Hal ouf.
La vie s ‘est ainsi organisée dans un premier temps, jusqu’à ce que la hiérarchie nous reprenne en main.
- revue de paquetage pour vendredi hurla un second maître, tout devra être au carré.

Tout le monde s’affaira à laver, à repasser, à refaire, et, aligner les numéros de matricule sur les vêtements.
j’avais avec l’argent de la vente de mes troupes (cigarettes) acheté au foyer des marins un fer à repasser qui me fut bien utile. (Il y en avait très peu mis a notre disposition, c’était la bousculade), je l’ai prêté aux copains qui n’en avait pas, ainsi qu’à certains inscrits maritimes dont Abdheramane originaire de la ville de bône.
Après la revue les Algérois sont partis en permission de 48 heures. La chambrée s’est vidée Cela nous a permis de faire connaissance et de sympathiser avec quelques uns des musulmans obligés de rester, parce que, comme nous ils étaient loin de chez eux.
- tu es de quel coin ? me demanda Abdheramane.
- D’Oran ! et toi
- de Bône me répondit-il
- Ah oui comme l’on dit Bône la coquette, voir son cimetière et mourir dis-je en plaisantant.
Mes copains métropolitains ne connaissant pas les subtilités du langage, on le leurs expliqua en rigolant.
- tu fais de la boxe me demanda-t-il.
- non pourquoi tu me demande ça ?
- t’as le nez d’un boxeur
- j'ai eu deux accidents.

Le 1° à l'âge de quinze ans, cela se passait sur la plage de Damesnes, nous jouions garçons et filles à nous poursuivre, quelqu'un de pas très intelligent avait tiré un fil de fer d'étendage entre deux cabanons, comme j'étais le plus grand d'entre eux je l'ai reçu en pleine course entre les deux yeux, cela a brisé l'arrête de mon nez.

Le 2° s'est produit lorsque quelques temps après je suis allé voir mon cousin Guy à la clinique où, il venait d'être opéré de l'appendicite, je suis arrivé au moment où l'infirmière refaisait ses pansements , l'odeur de l'éther, la vue du sang, et hop je suis tombé dans les pommes, mon nez a heurté le bord tranchant du chariot, j'ai eu 2 points de sutures. voila l'histoire de mon nez cassé.


- j’ai toujours voulu faire de la boxe, mais je n’en ai pas eu l’occasion, ( je me souviens qu’enfant je faisais un gros nœud avec le rideau de tissu qui séparait la cuisine du séjour,et m’en servait de putching-ball).
- moi je boxe en catégorie poids plume me dit Abdérhamane.
- Aller viens je vais t’apprendre à boxer, comme je n’avais pas grandes choses à faire, sous les regards intéressés de mes camarades il m’a appris à me mettre en garde, la position du corps, puis, tendant ses deux mains devant lui il me demanda :
- Frappes dans mes mains, alternes tes coups droits, gauches, regardes fais comme moi bouges, cognes moi, n’ais pas peur frappes.
- Non lui répondis-je j’ai peur de te toucher.
- Non vas y ,frappes fort, recommences.

Impossible de l’atteindre, il esquivait mes coups avec une aisance remarquable.

Il m’a appris ainsi le BA ba de la boxe.
Notre entraînement se faisait le soir lorsque avant le repas nous nous trouvions oisifs dans la chambrée, les lits avaient étaient disposés en forme de rings.
Les copains nous encourageaient. Cela dura quelques jours, et lorsqu’il jugea que j’en savais assez il me dit :
- si maintenant on faisait quelques rounds d’entraînements.
- Si tu veux lui répondis-je, mais ne tapes pas trop fort
- Non ne t’inquiètes pas, je retiendrais mes coups, c’est juste pour nous amuser.

Naturellement il était toujours déclaré vainqueur car je n’arrivais jamais a l’atteindre.

Les clans de supporters commencèrent à se former.
Après trois ou quatre matchs, des copains vinrent me dire :
- Garcia, tu ne devrais plus boxer, les arabes commencent à dire que ce sont eux les plus forts. Je leurs ai répondu :
- Faites pas chier les gars on s’amuse.

Mais l’amusement dégénéra, lorsqu’au cour d’un match abderhamane m’assena un coup qui me fit basculer et mettre le genoux a terre. Aussitôt, il se précipita navré vers moi pour me présenter ses excuses :
- Excuse moi Claude je ne l’ai pas fait exprès, je ne t’ai pas fais trop mal, c’est involontaire. se confondant en excuses, il m’aida à me relever, je voyais bien qu’il était sincère.

Le lendemain soir, il me demanda de faire un match :
- Non, Abderhamane, il vaut mieux s’en tenir là, on va finir par se faire mal.
- N’ais pas peur je ferais attention, il se mit à tourner autour de moi, sautillant, soufflant fortement par le nez
- Viens te dégonfles pas.
Je me mis en garde en me disant :
il faut que j’utilise la ruse autrement je ne pourrais jamais l’atteindre.

J’avais entendu les exploits d’un certain boxeur Américain, je crois que c’était Rocky Grazziano, après, quelques minutes de combat il laissait ballant son bras gauche donnant l’impression qu’il était fatigué, puis lorsque l’adversaire lui portait le coup il le chassait et par une rotation du corps , il le cueillait au menton avec sa droite.

Je décidais d’utiliser cette tactique.
Abdherahmane se laissa prendre, le coup parti ,et, celui-ci tomba KO. J’avais pourtant retenu mon poing, mais si abdheramane boxait dans les poids plume, je devais être dans une ou deux catégories au dessus : 1m80 , 61kgs.
J’ai moi même été surpris par cette réussite, mon copain était à terre, j’avais peur de vraiment lui avoir fait mal, je l’ai soulevé et tiré sur l’un des lits servant de cordages.
- Excuses moi, tu vois je t’avais dis que l’on finirait par se faire mal, reprenant ses esprits, secoué, il me répondit :
- T’as du punch, une sacrée droite.
- J’ai pourtant retenu mon coup, c’est fini on s’arrête de boxer lui dis-je.
- Tu as raison.
Les supporters musulmans se sont retirés un peu penauds et mes supporters plus rassurés, en quelque sorte c’était match nul, cela valait mieux pour tout le monde.

Ce fut le dernier match que nous avons fait.
Cela, avait scellé notre amitié.

Par la suite, nous étions toujours ensemble à parler de nous, de nos familles, de nos projets d’avenirs.
Un jour que j'avais eu une altercation avec deux jeunes musulmans de Cherchell, il m'a dit :
- Fais attention Claude, ces deux là sont mauvais, effectivement peu de temps après on nous signala qu'ils venaient de déserter, de rejoindre la rébellion.

A un moment donné, faisant preuve d’une confiance totale à mon égard il m’a montré une photo :
- regarde c’est mon frère, c’était le portrait d’un homme en uniforme portant une casquette.
Abderhamane poursuivit avec une certaine fierté :
- il est beau, hein ! il est en tenue militaire de l’ALN, il est basé en ce moment en Tunisie. J’ai pris cela avec un certain détachement, comme si le fait n’avait aucune incidence pour moi. Puis se ressaisissant il ajouta :
- tu sais moi je ne demande qu’une chose, c’est d’avoir un bon boulot avec une paie qui me permette d’avoir une femme et des enfants. Il a poursuivi :
- Tu es au courant que l’on peut passer tous ses permis automobiles dans l’armée et les faire valider une fois dans le civil ?
- oui
- il paraît que c’est bien payé le métier de chauffeur routier surtout pour les longues distances, mieux que marin pécheur en tout cas.
- ça te dirais que l’on aille s’inscrire pour faire le stage ensemble ?

Le lendemain nous sommes allés au bureau d’ordre, nous avons été reçu par un engagé première classe fourrier, un algérois, qui nous a dis :
- Vous n’avez aucune chance les gars, j’ai un cahier plein d’inscriptions.
Lorsqu’il a vu sur mon dossier que j’étais d’Oran, il m’a dit :
Ça t’intéresserait de finir ton armée chez toi à Oran ?
- oui bien sur, pourquoi ?
- j’ai un copain Algérois qui termine aussi son service militaire à mers el kebir.
- Si tu le veux on peut faire une demande de permutation.
- Si cela est possible ? oui. Se réjouissant pour son camarade algérois il me dit :
- Oui! je m’en occupe mon copain va être content. il déchira mon imprimé et rangea celui d’Abderhamane. Intuitivement je lui ai dis :
- Pour mon copain ce stage est important.

Le 1° classe m’a regardé, il a hésité et m’a répondu :
- C’est bon je m’en occupe aussi.

Le temps passa, au cours d’une nuit de garde sous la pluie j’ai pris froid, j’avais une toux grasse et les copains me dirent :
- Tu devrais aller à l’infirmerie.
- Non ce n’est rien, un rhume ça passera. Les jours passèrent, mais la toux a persisté, j’étais de plus en plus fatigué ,et, je me suis décidé à aller consulter le médecin.

Le lendemain matin à la consultation médicale, un jeune docteur m’a examiné, il est allé demander à son confrère plus âgé de venir m’ausculter, j’ai pris cela pour de l’inexpérience.
Le plus âgé des médecins échangea quelques mots à voix basse avec son jeune confrère, me posa des questions du genre, comment cela était survenu, si je m’alimentais bien, je lui fis part de ma fatigue, de ma lassitude, la conversation vint sur ma demande de permutation. Il conclu :
- Il vous faut du repos, c’est une grosse bronchite et donna le traitement à suivre a l’infirmier.
Coïncidence ou pas huit jours après, l’algérois 1° classe du bureau d’ordre vint vers moi brandissant une feuille :
- Garcia , Garcia la permutation vient d’arriver, tu prends le train dimanche matin, fais ton paquetage ; les collègues présents me congratulèrent, j’échangeais mon adresse avec abderhamane.
Vers 9 heures du matin, après leurs avoir dit au revoir, j’ai demandais aux algérois 

- la gare est loin ?
- Non pas très, tu peux y aller à pieds, c’est à gauche en sortant de l’amirauté, prends un taxi, ou alors le bus, ça sera plus simple. J’étais fauché et m’apprêtais à faire le trajet a pied.
Je me suis pris à trois reprises pour charger mon sac de marin sur l’épaule, et, prendre une petite valise à la main, à chaque fois mon paquetage dégringolait devant les regards indifférents, Soudain, Abderhamane voyant mon embarras, mon épuisement a pris ma valise et m’a dit :
- Je connais un raccourci par la voie de chemin de fer, je t’accompagne.
Nous avons longés la voie ferrée, je n’arrivais pas à stabiliser mon sac sur les épaules.
- donne j’ai l’habitude me dit mon ami. J’étais un peu honteux mais tellement fatigué.
- Dépêche toi tu vas rater ton train. J’avais du mal à le suivre, juste ma petite valise à la main, je soufflais sous la chaleur torride de la fin de matinée. Il a vu mon épuisement, il a pris la valise.

Il y avait le long d’un grand mur qui surplombait les rails deux ou trois indigènes assis qui somnolaient.
- Que vont-ils penser ?
- T’en fais pas marche. Il portait tout le fardeau, et marchait encore plus vite que moi.

Le train était sur le départ, nous avons fait plusieurs compartiments, c’était complet. l’un d’entre eux était occupé par des montagnards en gandouras épaisses, il leurs a demandé en arabe de me faire une place, il a hissé mes bagages au dessus de moi, m’a dit :
- au revoir Claude, écris moi. il a tout juste eu le temps de sauter sur le quai.
Je n’étais pas très rassuré parmi ces impressionnants gaillards, terrassé par la fièvre, je me suis assoupi pas très rassuré.

- Orléanville, Orléanville, j’ai ouvert un œil, j’ai vu les musulmans descendre, et je me suis rendormi jusqu’à Oran.

Tout le monde étaient descendus du train, mon beau frère René était sur le quai, je l’ai vu sautiller pour voir, où, je me trouvais, lorsqu’il m’a aperçu, il est monté à pris mon paquetage, et nous sommes allés à la maison.
Prise de fonction au CA KEBIR le 1/04/1960. 

Quinze jours après j'ai reçu une lettre d'Abdérhamane, tout heureux il  m'annonçait qu'il commençait le stage de conduite poids lourds au CIR de cap Matifou.

J'étais trés content pour lui. Aprés quelques échanges de lettres, pris par les nécessités de nos vies et l'éloignement nous avons cessés de communiquer.

La précipitation des événements de 1960/1962, a fait que nous nous sommes perdus de vues, sans savoir ce qu'était devenu l'autre.

Pourtant, je m'étais promis de le retrouver un jour.

 

            

 

 

 

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